Violences faites aux femmes : une approche innovante avec la prise en charge des auteurs de violences conjugales

23 juin 2022

A la suite du Grenelle des violences conjugales qui a eu lieu entre septembre et novembre 2019 et la création de centres de prise en charge des auteurs de violences conjugales (CPCA), l'ARSL (association limousine de lutte contre les exclusions adhérente de Nexem) avait été missionnée pour coordonner l’ensemble des CPCA du territoire et assurer la bonne mise en œuvre de ce dispositif. Tarik Alexandre Ali-Benali assure le pilotage de ce dispositif innovant piloté par les pouvoirs publics et il a accepté de répondre à nos questions.

A quels enjeux le dispositif des CPCA répond-t-il ? 

Les violences conjugales représentent un fléau dans notre société. Depuis la mise en lumière de la problématique par le Président de la République, la désignant grande cause de son quinquennat, la parole se libère chez les victimes et les tabous tombent. Néanmoins, la prise en charge des auteurs a tardé à venir. Il a fallu attendre le Grenelle des violences conjugales pour que la prise en charge des auteurs soit réellement considérée comme une part importante de l’éradication de la problématique. 

Prendre en charge les auteurs, c’est prendre en charge les victimes en luttant contre la récidive et en prévenant le passage à l’acte.  A l’issue du Grenelle, en 2020, seront crées les 16 premiers centres de prise en charge des auteurs de violences conjugales (CPCA). En 2021, le dispositif sera renforcé par 14 nouveaux centres portant à 30 le nombre de CPCA en France et en Outre-mer. 

L’objectif assigné à ces centres est de prendre en charge des auteurs avant, pendant et après un passage à l’acte par une approche globale des problématiques : psychologique, sociale, professionnelle, médicale et judiciaire.                                                                                                                     

Pour cela des professionnels sont formés, qu’ils soient éducateur spécialisé, psychologue, intervenant socio-judiciaire, psychiatre, conseiller en insertion socio-professionnel, tous travaillent à réduire le risque de passage à l’acte. Prendre en charge les auteurs, c’est agir pour les victimes. 

L’un des défis des CPCA est d’objectiver la prise en charge des auteurs de violences conjugales en France et de mesurer ses impacts sur l’auteur, la victime et en termes de récidive. C’est pour cela qu’un projet de recherche est en cours de déploiement financé par la DGCS pour mesurer ces impacts par le biais d’une recherche action qui va être déployée en 2023 par le comité scientifique de la coordination nationale. 

Quel est le rôle de l’ARSL dans ce dispositif ? 

L’ARSL est porteuse du CPCA Nord Nouvelle-Aquitaine depuis décembre 2020 et coordinatrice de l’ensemble des CPCA en France et en Outre-mer depuis juin 2021. L’association limousine est investie sur cette question depuis de nombreuses années puisqu’elle prend en charge des auteurs de violences conjugales depuis 1994. 

La ministre Elisabeth Moreno en charge de cette problématique a souhaité confier à l’ARSL, l’animation et la représentation des CPCA auprès des différents ministères pour une durée de 3 ans renouvelable. L’objectif est de piloter le dispositif de manière interministériel en essayant de dépasser le travail en silo à l’œuvre dans bon nombre de domaine de prise en charge. 

Ci-contre : Claire Robert Haury, directrice générale ARSL et Tarik-Alexandre Ali Benali, chargé de la coordination nationale des CPCA

Avez-vous rencontré des obstacles ou à l’inverse des facilités à la mise en œuvre de votre dispositif ? 

Concernant les facilités, la coordination nationale des CPCA pilote ce dispositif avec le service du droit des femmes (SDFE) et la direction générale de la cohésion sociale (DGCS). Grâce à l’ensemble des DRDFE (déléguées régionales aux droits des femmes) et des DDFE (déléguées départementales aux droits des femmes) répartis sur l’ensemble des territoires, la mise en place de ces dispositifs est plus aisée. 

En outre, la relation de confiance liée avec notre ministère de l’égalité entre les femmes et les hommes permet à la coordination nationale de porter des initiatives auprès de partenaires identifiés tels que, la Police, la Gendarmerie, les services pénitentiaires, les centres d’addictologie, le logement, la prise en charge des enfants. Cette coordination permet le décloisonnement des acteurs au service d’un seul et même objectif. 

Pour les difficultés, ce sont toujours les mêmes… Mettre en place une politique publique sur l’ensemble du territoire c’est compter le temps et prioriser les urgences. De notre côté trois sujets ont retenu notre attention pour l’année 2022-2023 : la mise en place d’un comité de recherche pour démontrer l’efficacité de la prise en charge des auteurs de violences conjugales, des réflexions engagées sur la prise en charge des enfants témoins de violences conjugales et sur les personnes en situation de handicap et enfin, travailler à un plan particulier pour l’Outre-mer en identifiant les freins et les leviers pour une meilleure action en direction des auteurs de violences.  

Avez-vous déjà pu mesurer l’efficacité de votre dispositif ? 

La mise en place de la coordination nationale a été créé récemment (juin 2021). Mais, nous pouvons dire que la mise en place d’une coordination nationale permet de faire « bouger » les lignes beaucoup plus rapidement qu’une administration ; et lorsque qu’on veut déployer une politique publique sur un territoire, quoi de mieux que de confier cette mission à une association qui œuvrait déjà sur le sujet ?! Ce fut le choix de la ministre Elisabeth Moreno et l’ensemble des CPCA et des partenaires ont reconnu qu’il s’agissait d’une décision idoine. 

De plus, nous pourrons mesurer de manière objectivée les impacts de ces prises en charge grâce aux résultats de la recherche engagée par le comité scientifique de la coordination. Cette recherche sur la prise en charge des auteurs de violences conjugales est une première en France et elle permettra de confirmer le bien fondé de ce dispositif. 

Et pour finir, quelles sont vos autres perspectives ? 

Nous souhaitons avant tout travailler à renforcer les liens entre prise en charge des auteurs et prise en charge des victimes car nous ne traitons pas les mêmes publics mais nous œuvrons pour la même finalité, c’est à dire freiner le plus possible les violences conjugales et intra-familiales. 

Par ailleurs, nous prévoyons l’organisation d’un colloque national au mois de mars 2023 à Limoges réunissant des chercheurs français et étrangers, des politiques et des acteurs œuvrant sur la thématique. 

Et enfin, dans l’attente de notre site web qui sera bientôt créé, nous vous invitons à prendre contact avec nous et à travailler ensemble via notre page LinkedIn.