Une offre de formation adaptée aux jeunes déficients intellectuels : une démarche novatrice et inclusive développée par l’Adapei du Doubs

29 avril 2021

Faute de pouvoir inscrire les jeunes déficients intellectuels, au sein des CFA et des APFA, l'Adapei du Doubs a décidé de transformer son IMPro en espace de formation ouvert à tous. Cela constitue une première étape pour l’association qui entend transposer son projet dans deux lycées, un à Besançon et à Montbéliard.

La plupart des 130 jeunes ciblés par ce programme bénéficie déjà de temps de scolarisation au sein des lycées grâce à des classes externalisées, mais l’ambition de l’Adapei du Doubs est d’installer durablement la totalité de la formation professionnelle et de la scolarisation de jeunes déficients intellectuels au sein de ces lycées et de proposer cinq formations certifiées aux jeunes.

Pour prendre la mesure des ambitions de ce projet, à Montbéliard l’installation des 1200m2 d’ateliers de formation au sein du Lycée Germaine Tillion constitue un investissement 1,5 M€. Le projet est en voie de finalisation avec la région. A Besançon, l’ouverture est envisagée pour septembre 2021.

Dans le cadre du recueil d’initiatives remarquables et innovantes 2021 de Nexem, Guillaume Mahieu, chef de service étape 16-20 ans à l’IME de Besançon a accepté de répondre à nos questions.

A quel stade d’évolution est votre projet et la crise sanitaire a-t-elle eu un impact ?

La finalité est toujours que les jeunes en IMPro puissent acquérir un titre professionnel de niveau 3 (ex-niveau 5) – équivalent d’un CAP. Tous les agréments ont été retravaillés et obtenus avec la collaboration des éducateurs techniques. Les critères d’habilitation comportent notamment la vérification des compétences professionnelles des éducateurs techniques, l’homologation des locaux, des équipements et du matériel mis à disposition, le strict respect des référentiels d’enseignement.

Depuis la crise sanitaire, six CCP et trois titres professionnels en agent de restauration ont été obtenus. Les épreuves en agent d’hygiène et propreté ainsi qu’ouvrier du paysage ont dû, malheureusement, être repoussées à juin 2021.

Pour préparer les jeunes aux passages des examens ou qualifier ceux pour qui le titre ne peut être encore d’actualité, nous proposons via l’Afpa d’ouvrir des livrets de compétences en fonction de nos différentes formations. A ce titre tous les éducateurs formateurs de l’IME ont bénéficié et réussi la formation de référent « Reconnaissance des savoirs faire Professionnels ».

Par ailleurs, les jeunes ne pouvant pas s’inscrire dans une formation qualifiante bénéficient d’un livret de compétences dans leur projet personnalisé, réalisé par l’équipe des ETS. Ce livret est basé sur le référentiel métier AR OP APH AFI. Il permet d’évaluer la progression au fil des années. Les grilles d’évaluation sont un support qui permet de quantifier les acquis. Ce cadre est très apprécié des éducateurs techniques puisque les référentiels fixent les objectifs du travail à l’atelier.

L’étude de la population qui est en cours de réalisation permettra de se projeter pour adapter notre prestation de formation en fonction des profils des jeunes accueillis dans les années à venir. Concernant l’implantation de nos formations professionnelles au sein des lycées bisontins, deux projets sont menés dont un qui pourrait être opérationnel dès la rentrée 2021. Cette démarche inclusive concerne les formations AFI et OP (déménagement lycée professionnel).

Quel(s) soutien(s) avez-vous pu trouver pour développer votre initiative (technique, financier, politique etc.) ?

Nous comptons essentiellement sur nous-mêmes pour la force de conviction et l’innovation. Notre association est très soutenante.

Nos interlocuteurs au niveau de l’ARS et de l’Education nationale nous soutiennent aussi, même s’il faut souvent rappeler que la formation professionnelle adaptée ne se réduit pas à une question de scolarisation inclusive notamment en Ulis LP et que la formation adaptée dispensée en atelier est essentielle.

Au niveau financier, le budget de l’ESMS et la taxe d’apprentissage sont suffisants.

Et enfin, le soutien de la Région devient une nécessité. Elle ne découvre qu’actuellement les enjeux de la formation professionnelle adaptée à des jeunes déficients.

Quels enseignements tirez-vous de cette expérience ? Par exemple en termes d’expertise acquise en gestion de projet, de dynamique transverse entre les métiers et ESMS, de coopération, de stratégie associative…

Les échanges (visite, mutualisation de pratiques, formation commune…) avec les professionnels au sein de notre pôle départemental « Enfance & Adolescence » de l’Adapei du Doubs ou avec d’autres opérateurs, sont très fructueux. L’objectif est d’accompagner les ESMS dont la formation professionnelle n’est pas encore qualifiante. Cette démarche vers la qualification est extrêmement mobilisatrice et fédératrice tant au niveau des équipes, des jeunes, des familles que des partenaires.