Stratégie nationale de prévention et de protection de l’enfance 2020-2022 : des annonces en demi-teinte

21 octobre 2019

Le secrétaire d'État en charge de la mise en place de la stratégie protection de l'enfance, Adrien Taquet, a présenté ce 14 octobre 2019 les mesures gouvernementales en faveur de la prévention et de la protection de l'enfance. Nexem se félicite de l'aboutissement des travaux de concertation menés par le ministère de mars à juin 2019, auxquels notre organisation a amplement participé.

Les annonces du ministre prennent la forme de quatre engagements :

  1. agir le plus précocement possible,
  2. sécuriser et prévenir les ruptures de parcours,
  3. donner aux enfants protégés les moyens d’agir et garantir leurs droits,
  4. préparer leur avenir et sécuriser leur vie d’adulte.

Nexem soutient l’action allant dans le sens d’une meilleure prise en compte de la prévention afin de permettre une prise en charge plus précoce et de sensibiliser les parents à leurs rôles (obligation de l’entretien prénatal, renforcement des bilans de santé en maternelle et des consultations infantiles).

La diversification des réponses et des parcours pour une meilleure prise en compte des besoins de l’enfant s’inscrit dans la logique de transformation de l’offre de l’ensemble des secteurs sociaux et médico-sociaux évoquée à de nombreuses reprises par Nexem lors de la concertation.

Afin d’assurer aux enfants placés auprès de l’aide sociale à l’enfance (ASE) une égalité de traitement sur l’ensemble du territoire, le ministre entend repenser la gouvernance nationale et locale via notamment des contractualisations entre l’Etat et les conseils départementaux, ainsi qu’entre les départements et les acteurs du secteur (généralisation des CPOM).

Enfin, Nexem est particulièrement sensible à la question centrale de la formation de l’ensemble des acteurs concernés et soutient notamment l’initiative de formations croisées et transversales tout au long de la vie.

Quid du financement de la stratégie ?

Nexem regrette, néanmoins, le manque de clarté et de communication du ministère quant au financement de cette stratégie. La présentation de ces mesures après le début de l’examen du projet de loi de finances 2020 laisse à penser que cette question n’est pas réglée. Le fléchage des 60 millions annuels pour l’accompagnement des jeunes majeurs en sortie de l’ASE, annoncé par Adrien Taquet en mai 2019, n’est d’ailleurs pas clairement retranscrit dans le budget de l’Etat pour 2020.

Or, une véritable stratégie nationale de protection de l’enfance doit s’accompagner selon nous de financements ambitieux. A moyens constants, la réalisation des dispositifs proposés par le gouvernement est irréalisable. Quel sera, dans ce contexte, l’impact concret de ces orientations au sein de chaque département ?

Nexem regrette également le manque de vision systémique de la part des ministères. Si la mise en place d’une stratégie en faveur de la protection de l’enfance rassure quant à l’engagement gouvernemental, notre organisation regrette le manque d’articulation avec les politiques handicap ou de lutte contre la pauvreté menées par cette même équipe.

Nexem souhaite être associée aux instances de suivi de la stratégie qui devraient être mises en place dans les semaines à venir et a d’ores et déjà pris attache auprès du cabinet d’Adrien Taquet en ce sens.

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