Scolarité des enfants handicapés : une reprise progressive, une rentrée vigilante

30 juillet 2020

Au mois de mai 2020, le secrétariat d’État chargé des personnes handicapées a encouragé Michel Caron, vice-président de Nexem et président de l'Association laïque pour l'éducation, la formation, la prévention et l'autonomie (Alefpa), à réaliser une enquête auprès des établissements du secteur médico-social en vue de mieux connaître la façon dont les enfants en situation de handicap ont pu reprendre leur scolarité à la suite du confinement. En voici les conclusions.

Pendant six semaines, du 11 mai 2020 au 22 juin 2020, les organismes gestionnaires d’établissements médico-sociaux qui accueillent des enfants handicapés, ont été invités à répondre au même questionnaire pour mettre en lumière les progressions ou points de questionnement qui subsisteraient dans la démarche globale d’accompagnement à la reprise scolaire des enfants. Cette enquête a donné lieu à la remise d’une note de conjoncture hebdomadaire, puis d’une analyse rétrospective assortie de recommandations et de propositions en vue de la rentrée 2020 notamment.

Un retour progressif à la scolarité

325 réponses ont été analysées. 237 établissements au sein de 60 organismes gestionnaires publics et privés ont répondu au moins une fois. Ce sont majoritairement des Services d'éducation spéciale et de soins à domicile (Sessad) -88-, des Instituts médico-éducatif (IME) et Instituts médico-professionnel (IMPro) -62-, des Instituts thérapeutiques éducatifs et pédagogiques -37- et des Instituts d’éducation motrice -28-. Au total, les établissements répondants représentent 13 127 enfants et adolescents accompagnés, dans 70 départements de métropole et d’outre-mer.

"Les réponses fournies témoignent bien de la diversité de l’offre de service : internat, séminaire internat, externat, accompagnement en milieu ordinaire" précise Michel Caron, vice-président de Nexem et président de l’Alefpa, dans ses conclusions. "La représentativité est demeurée stable pendant la durée de l’enquête."

Dans 71 % des établissements, moins de 40 % des enfants ou adolescents accompagnés "sont retournés à l'école, en classe ordinaire ou en unité d'enseignement (de l'établissement spécialisé ou externalisé), y compris à temps partiel."

Au fil des semaines, la progressivité du retour à la scolarité des enfants handicapés rejoint la tendance générale. Les freins identifiés rejoignent eux-aussi cette tendance, mais ils sont renforcés par la situation de handicap :

  • la difficulté d’apprentissage et de pratique des gestes barrières, et du règlement sanitaire de l’école, représentent une limite importante pour certains types de handicap ;
  • les appréhensions des familles au regard du "cadre très strict du protocole sanitaire de l’école".

Des obstacles à la continuité pédagogique et des disparités territoriales

66 % des enfants accompagnés bénéficiaient d’une continuité pédagogique au domicile pendant le confinement, mais pour 34 % elle n’était pas garantie. Un pourcentage qui "n’est pas négligeable" souligne Michel Caron, car cette situation engendre trois types de risque pour les enfants concernés :

  • le risque de rupture pédagogique dont les effets négatifs s’avèrent durables sur le développement de l’enfant ;
  • le risque de rupture sociale, d’isolement ;
  • l’aggravation du risque de marginalisation des enfants handicapés.

Parmi les obstacles à la continuité pédagogique, les résultats de l’enquête pointent :

  • "la persistance d’une proportion significative de situations où l’accès numérique demeure difficile, voire impossible." ;
  • les disparités territoriales : les équipes mobiles médico-sociales se sont effectivement mobilisées, mais elles ne sont pas présentes sur tous les territoires, les pôles inclusifs d'accompagnement localisés (PIAL) sont encore peu nombreux et le déploiement des accompagnants des élèves en situation de handicap (AESH) s’est révélé inégal.

"Pour autant, on note une bonne mobilisation à la fois des équipes médico-sociales et enseignantes. Mais on relève aussi l’expression d’une présence insuffisante des AESH pour accompagner et favoriser le retour à une scolarité normale. Cela nécessite des mesures à l’échelle territoriale, et un plan d’action à l’échelle ministérielle." observe Michel Caron.

Une dynamique coopérative et des initiatives innovantes qui "méritent attention"

L’enquête a aussi permis d’identifier les dispositifs et les actions "remarquables" mis en place par les professionnels médico-sociaux, les enseignants et les familles pour maintenir la scolarisation des enfants et organiser la reprise lors du déconfinement. Elles reposent sur la coopération, la diversification des modes de communication et l’implication des parents qui se sont davantage investis dans le suivi scolaire de leur enfant. Des classes virtuelles ont vu le jour. La progression de la co-construction des modalités d’accompagnement et de la créativité pédagogique révèlent une coopération forte entre les professionnels du secteur médico-social et les enseignants de l’Education nationale.

Cinq recommandations et propositions

Cette observation conduit Michel Caron à porter l’attention du secrétariat d’Etat chargé des personnes handicapées sur plusieurs points de vigilance en vue de la rentrée 2020 et, plus largement, sur l’évolution des modes d’accompagnement des enfants et de leurs parents. Il formule cinq recommandations et propositions :

1. Réaliser un état des lieux territorialisé et concerté de la période de crise sanitaire et de déconfinement. Ce travail conjoint des organisations du secteur médico-social et de l’Education nationale permettrait de "consolider les bonnes pratiques et les évolutions d’organisation bénéfiques à la scolarité des enfants handicapés, et utiles pour lutter contre le risque de rupture pédagogique et sociale." Michel Caron invite, dans un premier temps, à "appréhender plus précisément les situations locales" en réunissant les organisations qui ont participé à l’enquête pour préciser et approfondir les données qualitatives recueillies.

2. Lancer une enquête de rentrée en septembre 2020 en mobilisant les parties prenantes sur les territoires pour mieux "accompagner et objectiver les conditions de reprise de l’année scolaire, après une période de crise très perturbante". Cette démarche pourrait être encouragée chaque année pour consolider les bonnes pratiques et conforter l’évolution des accompagnements.

3. Soutenir des mesures d’accompagnement spécifiques durant les mois de juillet et août 2020, en particulier par la mobilisation, en urgence, des dispositifs de "vacances apprenantes". Il s’agit de faire face au risque de rupture pédagogique et sociale.

4. Miser sur les pratiques encourageantes issues ou révélées par la crise sanitaire. Il s’agirait d’identifier, de valoriser et de consolider ces bonnes pratiques, de favoriser la souplesse des dispositifs et des organisations qui ont permis ces initiatives innovantes, et de faciliter cette dynamique "en la valorisant dans la contractualisation pluriannuelle avec les pouvoirs publics …".

5. Initier un travail concerté entre les chercheurs et les professionnels du secteur médico-social sur les effets de la crise sanitaire pour les enfants handicapés et leur famille, crise à laquelle s’ajoute la dégradation de la situation économique et sociale.

"L’enfant est particulièrement vulnérable dans une situation de crise globale" souligne Michel Caron, […] la connaissance doit progresser, pour faire progresser les modes d’accompagnement des enfants handicapés et de leurs parents."

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