Mal-logement : la Fondation Abbé Pierre et la FEANTSA ont publié leur nouveau rapport

29 mars 2018

La Fondation Abbé Pierre et la Fédération européenne des associations nationales travaillant avec les sans-abris (FEANTSA) viennent de publier leur 3e rapport « Regard sur le Mal-Logement en Europe 2018 ». Il met en avant la situation des personnes socialement fragilisées, dont les personnes handicapées, et note le défi à relever par les Etats membres de l’Union européenne.

En France, 13 371 morts ont été estimées parmi les personnes sans-abri entre 2012 et 2016. En 2012, 30 100 enfants étaient sans-domicile dans l’Hexagone. Trois raisons expliquent l’augmentation du mal-logement, selon le rapport :

  • les prix du logement continuent de s’envoler, contrairement au budget des ménages. De plus, il y une réduction globale de la construction du logement abordable ou social dans les zones urbaines ;
  • en Europe, en 2016, près de 17 % de l’ensemble des ménages et 30 % des ménages pauvres vivaient dans un logement surpeuplé et souvent vétuste ;
  • dans un contexte économique d’austérité budgétaire, de chômage et de précarité élevé, les jeunes en situation de vulnérabilité sont particulièrement touchés par le mal-logement.

Le « logement d’abord » est un modèle d’intervention pour mettre fin au sans-abrisme chez les personnes ayant des besoins d’accompagnement élevés. Il a été déployé avec succès aux États-Unis, au Canada et dans plusieurs pays européens, dont la France. Cette stratégie cible dans une majorité des cas les personnes sans domicile depuis une longue période ou de façon répétée et / ou qui souffrent de troubles psychiques, de pathologies mentales sévères, de toxicomanie ou encore de handicap…

L’exemple de la Finlande

Néanmoins, ce type de dispositif ne peut résoudre qu’une partie des problèmes liés au sans-abrisme. C’est pourquoi, l’importance d’une stratégie continue et constante est soulignée. Les politiques mises en place par la Finlande depuis une vingtaine d’années font référence en la matière. Après les résultats probants des deux programmes politiques nationaux visant la réduction du sans-abrisme de long-terme – PAAVO I et II en 2008-2015 -, le gouvernement finlandais ne s’est pas reposé sur ses acquis. Les programmes PAAVO ont permis la construction de nouveaux logements permanents, le développement de modèles de services et la conversion des structures d’hébergement d’urgence en unités de logement accompagné avec des appartements autonomes et des services sur place. De 2008 à 2015, la Finlande a constaté une baisse de 35 % des personnes seules sans-abri de long terme. Cela fait de la Finlande le seul État membre de l’Union européenne à voir baisser le nombre de personnes sans-domicile.

Sylvie Guillaume déplore le manque de la volonté politique dans les États membres de l’Union européenne. L’Union pourrait faciliter l’utilisation de ses instruments financiers, notamment du fonds européen pour l’investissement stratégique, afin de pousser la construction des logements sociaux. Les rapports par pays et les recommandations spécifiques, rédigées par la Commission européenne chaque année, pourraient inciter les Etats membres à résoudre cette problématique. Raquel Cortes Herrera, cheffe d’unité responsable pour ces questions a confirmé, lors du débat au Parlement européen, que le mal-logement est une question que la Commission prend en considération.