Le GME, une solution innovante pour l’accompagnement des mineurs non accompagnés

19 mai 2021

Le groupement momentané d’entreprises (GME) a vu le jour en 2018 dans le cadre d’un appel à projet du département du Nord pour répondre aux besoins croissants d’accompagnement des mineurs non accompagnés. Composé de trois associations - Alefpa, Temps de vie et ASR - le GEM a permis de créer au total 1 100 places d’hébergement. Explications avec Aurélie Boulesteix, coordinatrice du dispositif...

Confronté à un afflux massif de mineurs non accompagnés (MNA) arrivant de l’étranger, le Département du Nord en charge de l’enfance en danger a lancé en 2018 un appel à projets afin de faciliter la gestion du dispositif d’hébergement des MNA et d’améliorer leur accompagnement.

C’est dans ce contexte que le groupement momentané d’entreprises (GME) a vu le jour. Trois structures - Alefpa, Temps de vie et ASRL – se sont associées pour proposer des services d’hébergement et des dispositifs collectifs comme des maisons d’enfants. Le GEM répond à la volonté du Département du Nord d’avoir un interlocuteur unique tout en gardant la fluidité, l’agilité et la souplesse organisationnelle des modes d’interventions de chaque opérateur. La priorité est donnée au déploiement des prestations et non à la mise en place d’une « superstructure ». L’identité des acteurs est préservée et leur mobilisation est entière dans le projet. La solution a permis de créer au total 1 100 places d’hébergement.

Dans le cadre du recueil d’initiatives remarquables et innovantes 2021 de Nexem, Aurélie Boulesteix, coordinatrice du dispositif, a accepté de répondre à nos questions.

 

A quel stade d’évolution est votre projet et la crise sanitaire a-t-elle eu un impact ?

Le GEM a fait l’objet de différentes étapes de structuration depuis sa création effective le 15 novembre 2018. L’année 2019 a été celle du déploiement des places d’accueil et d’hébergement :

  • 400 places créées de novembre 2018 à mai 2019,
  • 100 places créées de juillet à septembre 2019,
  • décision de créer 50 places supplémentaires en décembre 2019 / création de 20 places en 2020.

L’implication des trois associations a permis de créer 520 places en moins d’un an et demi avec la mise en œuvre de toute l’ingénierie d’accompagnement (recrutement / formation / développement des compétences et d’expertises sur les mineurs non accompagnés). Cette mobilisation a permis de répondre aux besoins du territoire du Nord et de répondre à la saturation des dispositifs existants. Les associations ont pu développer des dispositifs d’accueil sur l’ensemble du territoire en s’appuyant et en mutualisant, parfois, à partir de leurs établissements d’origine (CHRS, Centre Maternel ou MECS…).

La crise sanitaire débutée en mars 2020 a ralenti le déploiement du groupement mais a renforcé la capacité d’agir des trois associations en renforçant leur collaboration pour répondre aux besoins sociaux des jeunes du territoire du Nord. A titre d’exemple, l’Alefpa ne pouvait plus assurer les missions d’accueil d’urgence dans le respect des règles sanitaires liées au confinement en mars 2020 et l’ASRL a mis à disposition un lieu. Une convention a donc été signée en deux jours avec des accueils effectifs dès la signature permettant alors de garantir l’intégralité des missions allouées par le GEM.

Malgré le contexte, nous avons pu faire évoluer l’offre de service du groupement pour mieux répondre aux besoins des jeunes accompagnés.

La coordination s’appuie sur les expertises des associations et ne recherche pas à harmoniser les pratiques ni les outils de pilotage. Elle est garante de la réponse apportée dans son ensemble et s’assure de l’adéquation de l’offre proposée au regard du cahier des charges du Département.

Fin année 2020 début 2021, le groupement est entré dans sa phase d’évaluation de la qualité de l’offre de service en s’appuyant sur les différents directeurs qualité des associations membre. Le groupement procèdera également à une évaluation de sa gouvernance afin d’envisager les suites à donner et notamment les opportunités liées au renouvellement de l’expérimentation en novembre 2021.

 

Quel(s) soutien(s) avez-vous pu trouver pour développer votre initiative (technique, financier, politique etc.) ?

Le déploiement du GME s’est appuyé sur les expertises développées par les différentes directions générales des associations membres et les membres du comité de pilotage du groupement.

Concernant le volet financier, l’appui des directions générales dans le cadre de la réalisation du compte administratif et budget prévisionnel est à noter. Une des particularités du groupement est que chaque association est garante de son budget de fonctionnement et d’investissement. Le Département verse les produits de facturation sur un compte bancaire du groupement qui sont immédiatement reversés aux associations membres pour leur fonctionnement. Il était nécessaire de sécuriser ce fonctionnement au niveau fiscal et de faire comprendre cette spécificité auprès des autorités de contrôle et de tarification. Le compte administratif est constitué par l’intégration des différentes balances comptables auprès du mandataire du groupement qui a pour mission de consolider le bilan.

Concernant le volet technique, l’appui des directions générales pour la conduite de l’évaluation de l’expérimentation et pour l’accompagnement à l’évolution de l’offre de service sur les territoires a été incontournable et précieuse. Le groupement a expérimenté des modalités de fonctionnement qui permettent de fixer un cap vers l’objectif à atteindre à savoir répondre aux besoins des MNA sur le territoire du Nord en corrélation avec les orientations fixées par le Département tout en maintenant la liberté d’agir de chaque association.

 

Quels enseignements tirez-vous de cette expérience ? Par exemple en termes d’expertise acquise en gestion de projet, de dynamique transverse entre les métiers et ESMS, de coopération, de stratégie associative…

 Cette expérience a permis de développer l’intelligence des réseaux en coopération. Sans la création du GME, le projet de déploiement n’aurait pas pu se faire dans des délais aussi courts. Le GME permet également d’innover dans les réponses apportées au public accueilli (accompagnement porté par deux associations lors de situations complexes, réorientations facilitées pour sécuriser le parcours scolaire…). La confiance qui se construit et se renforce entre les trois associations via des échanges réguliers contribue à développer des réponses rapides, efficientes face aux urgences des situations et des parcours des jeunes. La constitution sous forme d’un GME permet un management agile en adéquation avec les besoins sociaux et les contraintes politiques nationales et départementales.

La dynamique de projet a permis également de s’interroger sur le rôle d’une coordination, en qualité d’interlocutrice privilégiée de l’autorité de tarification et de contrôle. Cette organisation horizontale qui favorise le renforcement du management transversal est appréciée des institutionnels.

Les résultats sont probants puisque la conduite du projet a permis, en un temps record, de déployer des places d’accueil et d’accompagnement sur l’ensemble du territoire et de faire évoluer l’offre de service pour mieux répondre aux besoins des jeunes (accompagnement renforcé, plateforme d’appui et d’accompagnement, suivi majeur…)