Expérimentation du robot Leka : le retour d’expérience de l’association Adèle de Glaubitz

13 décembre 2018

De décembre 2017 à juin 2018, cinq associations* de Nexem testent l'utilisation du robot Leka auprès de 22 enfants avec des troubles du spectre de l'autisme (TSA). Une expérimentation inscrite dans le cadre d'un projet porté par Nexem en partenariat avec la start-up française Leka, créatrice du robot, et AG2R LA MONDIALE. L'objectif ? Proposer aux professionnels médico-sociaux et aux parents, un outil éducatif pertinent et adapté aux enfants avec TSA et contribuer à la réflexion sur les apports de la robotique pour l'accompagnement des personnes handicapées. Il s'agit pour Nexem d’appréhender les impacts de telles solutions, tant pour les personnes fragiles, que sur le plan de l’évolution des pratiques au sein des structures médico-sociales. Nexem vous propose aujourd'hui de découvrir le retour d'expérience de l'association Adèle de Glaubitz, à travers un article paru ce mois-ci dans le journal d’information de l’association.

“Leka : un robot au service de l’accompagnement des enfants avec autisme

Petit robot sphérique connecté à une tablette tactile, Leka se déplace en roulant, s’allume de différentes couleurs, vibre, peut émettre des sons et manifester des émotions. Interactif et doté de fonctionnalités multi-sensorielles personnalisables, le robot est un véritable médiateur entre les enfants avec autisme et les professionnels qui les accompagnent. Participer à l’expérimentation multi-sites du robot Leka pilotée par Nexem en partenariat avec AG2R LA MONDIALE est enrichissant, tant pour les professionnels que pour les jeunes accueillis dans le dispositif Dasca.

La naissance du projet

Dans leur pratique quotidienne, les professionnels du Dispositif d’accompagnement et de soins coordonnés pour l’autisme (Dasca) ont pu vérifier l’intérêt que portent les enfants au numérique, tant par la facilité qu’ils ont à l’utiliser que dans la concentration dont ils peuvent faire preuve. Partant de ce postulat et en faisant des recherches sur l’utilisation de la robotique pour l’accompagnement d’enfants avec autisme, le Dasca s’est mis en relation avec Leka, une jeune entreprise française. Elle réalisait alors une campagne de financement participatif pour l’édition de son petit robot sphérique nommé Leka. Le Dasca y a participé en achetant cinq prototypes.

La psychologue et l’orthophoniste ont alors rencontré l’équipe de Leka afin d’échanger sur le fonctionnement de la pensée autistique. Cette rencontre a contribué à la création d’applications autour des précurseurs du langage et des habiletés sociales, amorce d’un futur partenariat.

Suite à ces premiers échanges, le Dasca a pris part, avec quatre autres établissements médico-sociaux en France, au protocole de recherche conduit par le Centre d’études et de recherche en psychopathologie et psychologie de la santé (CERPPS) dans le cadre de l’expérimentation du robot initiée et pilotée par Nexem, principale organisation professionnelle des employeurs du secteur social, médico-social et sanitaire à but non lucratif, avec le soutien d’AG2R LA MONDIALE.

Un outil éducatif adapté

L’objectif de cette expérimentation est de démontrer la plus-value de Leka dans une activité avec deux enfants. Un cadre de recherche précis a été établi et transmis en amont aux professionnels du Dasca. Le protocole comprend des activités avec et sans Leka dans le but de pouvoir réaliser un comparatif. Les séances sont toutes filmées et transmises aux équipes du CERPPS qui sont chargées de réaliser une analyse fine des comportements mis en jeu par les enfants. Deux rencontres entre les équipes de Nexem, l’entreprise Leka, les chercheurs du CERPPS et les différents professionnels participant à l’expérimentation, ont eu lieu à Paris afin de réaliser un retour d’expériences sur les deux applications du robot et les parcours étudiés lors de cette recherche.

Plus concrètement, le robot est commandé par le biais d’une application sur une tablette, où sont disponibles différentes rubriques. Il est possible de créer, d’une part un profil pour les enfants en personnalisant des éléments selon les stimulations appréciées et tolérées par chacun, et d’autre part un profil pour les accompagnateurs. Une fois identifié le professionnel sélectionne ce qu’il souhaite faire avec le robot :

  • les « parcours ludo-éducatifs » sont des programmes découpés en leçons,
  • les « histoires » activent Leka ou animent des images sur l’écran,
  • le « mode enfant » comprend des activités pour lesquelles l’enfant utilise la tablette directement,
  • les « commandes » permettent à l’enfant de réaliser des activités grâce à une télécommande,
  • les « activités » sont des jeux indépendants, le « Freeze » par exemple est un jeu musical où le robot se fige lorsqu’il n’y a plus de musique.

Ces différentes modalités permettent une utilisation variée et adaptable en fonction de chaque enfant. Leka peut aussi être adopté comme médiateur pour permettre à l’enfant d’interagir avec un camarade, faire des jeux collectifs, ou être utilisé comme renforçateur. « Lors de l’expérimentation, nous avions une appréhension quant à la présence d’une tablette en raison de l’intérêt très prononcé de certains enfants pour les écrans. Nous avions mis en place une stratégie afin de détourner l’intérêt de l’enfant de la tablette. Néanmoins, nous avons été agréablement surpris par leur comportement. L’intérêt pour le robot Leka était tellement fort qu’ils ne se sont même pas préoccupés des tablettes. » explique Aurore Kiesler, Monitrice éducatrice du Dasca participant à l’expérimentation Leka.

Innover dans nos modes d’accompagnement

Dans une stratégie gagnant-gagnant, l’intérêt pour les développeurs de Leka était de bénéficier de l’expertise des équipes du Dasca. Pour le Dasca, s’inscrire dans cette étude a permis de cibler des comportements spécifiques des enfants et d’enrichir les pratiques éducatives, pédagogiques et thérapeutiques grâce à ce nouveau support numérique. Il s’agit également de poursuivre la démarche de l’Association Adèle de Glaubitz dans l’innovation des accompagnements des personnes accueillies.

« Participer à un tel projet innovant est très riche professionnellement et humainement. J’ai le sentiment d’être au cœur de l’élaboration du projet Leka. Je ne vous cache pas qu’utiliser le prototype n’a pas été si évident. Nous avons rencontré des difficultés et nous y avons consacré beaucoup de temps et d’énergie. Nous avons été en étroite collaboration avec l’équipe de l’entreprise Leka, Nexem et les chercheurs du CERPPS. Le plus gratifiant est de voir que nos retours ont été pris en compte pour l’amélioration du robot, de l’application, des parcours ludo-éducatifs et des activités avec Leka. Nous n’avons pas été que des utilisateurs d’un « protocole expérimental », j’ai le sentiment d’avoir aidé à la conception de Leka » se réjouit Aurore.

Les résultats sont en cours d’analyse par les équipes du CERPPS. Une dernière journée de rencontre sera réalisée en décembre, afin de faire un retour à l’ensemble des participants au protocole de recherche. Au sein du Dasca, cette démarche clinique exigeante a permis de faire de nouvelles observations dans le quotidien. Les robots utilisés pendant l’expérimentation restent à disposition des équipes du Dasca. Ils ont été présentés aux familles et aux professionnels d’autres établissements, et ont suscité beaucoup d’intérêt quel que soit le handicap de la personne. Les robots pourront être prêtés à d’autres structures, permettant ainsi d’élargir les propositions faites aux personnes en situation de handicap et de développer de nouvelles fonctionnalités.”

Article publié dans le Journal d’Adèle n° 14, en décembre 2018.

* Adapei Papillons Blancs d’Alsace (Mulhouse), Adapei Papillons Blancs de Dunkerque, Ar’Roch (Rennes), association Adèle de Glaubitz (Strasbourg), Adapei Loire-Atlantique (Nantes), APEAI Ouest Herault (Béziers).

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