Développer le compagnonnage dans le secteur social et médico-social : un des projets innovants de l’ALEFPA

17 mars 2021

L'ALEFPA (association au service des enfants et des adultes en difficultés sociales ou en situation de handicap) mène un projet de développement du compagnonnage dans le secteur social et médico-social. Il s’agit là d’une modalité d’accompagnement novatrice, inter-établissements au service du jeune accueilli. Ce projet innovant que Nexem avait identifié en 2019 dans le cadre de son recueil de projets est exemplaire à plus d’un titre...

Le compagnonnage est un système traditionnel de transmission de connaissances et de formation à un métier qui s’ancre dans une communauté et qui est répandu dans les métiers de l’artisanat.

L’idée déployée par l’Alefpa est de transposer les grands principes du compagnonnage au bénéfice des jeunes accompagnés par l’association.

Au-delà des objectifs d’apprentissage, le compagnonnage est aussi une affaire de rencontres, de voyage et d’ouverture au monde. Etant donné que l'ALEFPA dispose d’un vaste réseau national présentant une grande diversité culturelle et de savoir-faire, ce programme représente une opportunité formidable pour les jeunes accompagnés.

Vincent Routier, directeur général adjoint de l’ALEFPA et Allan Bordeux, conseiller « Vie des Etablissements » de l’ALEFPA ont accepté de répondre aux questions de la rédaction...

 

A quel stade d'évolution est votre projet et la crise sanitaire a-t-elle eu un impact ?

L’idée de compagnonnage a émergé en 2014 et depuis une soixantaine de jeunes ont pu bénéficier des parcours proposés par l’Alefpa. 10 établissements participent à ce projet. L’objectif de ces parcours est de construire un itinéraire où, à chaque étape, le jeune va découvrir des métiers, des territoires, des réalités culturelles et consolider son projet de formation professionnelle et son projet personnel.

Le but pour le jeune est d’élaborer son parcours d’accès à la qualification, de renforcer la formation et de la valoriser par des stages professionnels et des moments de formation dans d’autres régions. Les étapes du parcours lui permettent de faire reconnaitre ses compétences en cours d’apprentissage, d’être accueilli par les établissements où il est hébergé, et qui organisent les moments de formation et de stages en entreprise.

Si la crise sanitaire a pu constituer un frein dans la mise en œuvre opérationnelle des déplacements d’une région à une autre, elle aura permis aux professionnels de prendre le temps de bien préparer les parcours à venir et d’envisager une nouvelle organisation dans une perspective « d’après-crise sanitaire ». Dès la sortie du deuxième confinement, cinq jeunes ont pu redémarrer leur parcours.

Parallèlement, l’année 2020 fut riche en création et reprise d’établissements et services relevant de la protection de l’enfance, ce qui a eu notamment pour effet de poser l’opportunité d’élargir encore plus loin le réseau déjà consolidé en 2019, et notamment en Guadeloupe.

A ce jour, le projet est dans sa phase de consolidation. A terme, il pourra être envisagé un essaimage outre-mer, pourquoi pas en lien avec des services prescripteurs, voire des associations partenaires.

Quel(s) soutien(s) avez-vous pu trouver pour développer votre initiative (technique, financier, politique etc.) ?

La plupart de nos ressources sont internes. L’ALEFPA a des établissements répartis sur l’ensemble du territoire et un réseau de compétences bien ancrés localement (lieu de formation interne aux établissements, réseau d’entreprises...). Le but du programme est de mettre à disposition ces réseaux, ces compétences au service du parcours des jeunes étrangers. La démarche mobilise ainsi les directions d’établissements et fédère les référents compagnonnages volontaires travaillant dans les différents lieux d’accueil et/ou de formation.

Nous avons également élaboré « une charte du compagnonnage » permettant de partager une philosophie commune et une certaine éthique.

Actuellement, ce sont les établissements porteurs de la référence du projet du jeune qui assument les coûts subsidiaires aux déplacements interterritoriaux et aux matériels de formation. S’agissant des déplacements outre-mer, ce sont, pour le moment, les Services territoriaux d’aide sociale à l’enfance qui prennent en charge les frais d’avion ou de train.

Quels enseignements tirez-vous de cette expérience ?

Tout d’abord, cette expérience est d’une grande richesse pour les jeunes qui ont la chance de bénéficier de ces parcours. Ils développent leurs compétences professionnelles mais surtout c’est une formidable occasion pour eux de requestionner leur ancrage territorial et culturel. Cela leur donne accès à des formations qualifiantes, voire des contrats d’apprentissage. On ouvre pour eux le champ des possibles.

Cette expérience démontre aussi qu’il est possible de tirer parti de la diversité des établissements et services d’une association et de miser sur la coopération inter-établissements. Ce projet est une belle illustration de ce que peut être un accompagnement décloisonné et ouvert sur la société civile. Il s’agit vraiment de construire un parcours au service des jeunes et non de faire entrer le jeune dans un accompagnement préformaté.

Pour l’ALEFPA c’est un projet fort et mobilisateur qui renforce l’appartenance associative. Ce projet, puisqu’il est inter-établissements, nous a aussi obligé à structurer de manière très précise les process et l’outil numérique nous aide beaucoup.

Avec ce projet c’est l’association -dans toutes ses composantes- qui grandit !

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