Le décryptage Nexem | Que prévoit le plan de réduction de tensions de recrutement du gouvernement ?

4 octobre 2021

Le Premier ministre et la ministre du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion ont présenté le 27 septembre 2021 leur plan de réduction des tensions de recrutement. L’objectif : former 1,4 million de demandeurs d’emploi et 350 000 salariés d’ici la fin de l’année 2022.

Pour répondre aux tensions actuelles et à venir, ce plan vise une triple ambition :

  1. répondre aux besoins immédiats des entreprises, en orientant les demandeurs d’emploi et les salariés vers les métiers les plus demandés ;
  2. faciliter les transitions professionnelles des salariés, pour leur permettre de monter en compétences et de se réorienter vers les métiers porteurs ;
  3. privilégier les mises en situation en entreprise, qui ont démontré leur efficacité, ainsi que le recours à la formation professionnelle, ceci afin de porter une attention spécifique aux demandeurs d’emploi de longue durée.

Nexem vous propose son décryptage des mesures du plan de réduction des tensions de recrutement.

Renforcer la montée en compétences et les reconversions des salariés

Afin de sécuriser la relance par les compétences, le plan de réduction des tensions de recrutement permet d’agir à plusieurs niveaux.

D’une part, il s’agit d’aider les entreprises et notamment les PME à faire face aux mutations économiques et technologiques en accompagnant la formation et la reconversion de leurs équipes. Pour ce faire, 600 millions d’euros (M€) vont être débloqués via le FNE-Formation[1] afin de former 350 000 salariés supplémentaires comme suit :

  • 50 000 formations longues de 400 heures en moyenne, pour des parcours de reconversion ou de transition visant l’obtention d’une qualification professionnelle et permettant de sécuriser durablement les trajections professionnelles ;
  • 300 000 formations « courtes » de 40 heures en moyenne, pour des parcours de développement des compétences répondant aux enjeux immédiats de reprise particulièrement ciblés pour les TPE-PME.

D’autre part, afin de faciliter la mobilité des actifs, il convient de simplifier la validation des acquis de l’expérience (VAE) qui connaît des procédures trop lourdes et l’omniprésence de l’écrit conduisant à l’exclusion de certains publics et empêchant son développement dans certains secteurs d’activité ou pour certains niveaux de qualification. Ainsi, pour agir en faveur d’une forte mobilisation de la VAE et d’une meilleure sécurisation des parcours, des expérimentations de parcours de VAE dérogatoires seront menées dans les métiers de l’autonomie et du grand âge.

Enfin, le dispositif « Transitions collectives » (Transco) va par ailleurs faire l’objet d’une série d’ajustements pour faciliter son déploiement. Pour rappel, ce dispositif déployé depuis le 15 janvier 2021 permet d’anticiper les mutations économiques en accompagnant les salariés volontaires dont l’emploi est menacé vers une reconversion professionnelle dans un métier qui recrute.

Constituant une réponse aux difficultés de recrutement que rencontrent certaines entreprises, mais tardant à décoller, le plan de réduction des tensions de recrutement ajuste comme suit le dispositif :

  • la mobilisation du dispositif pour financer des reconversions dans le cadre d’une rupture conventionnelle collective (RCC) ou d’un accord de de gestion des emplois et des parcours professionnels (GEPP) ;
  • dans les entreprises de moins de 300 salariés, la signature d’un accord de GEPP ne sera plus nécessaire. Une simple consultation du comité social et économique sur les métiers menacés sera suffisante pour enclencher le dispositif ;
  • l’allocation d’une enveloppe de 30 M€ aux 86 plateformes territoriales chargées d’accompagner les transitions professionnelles, afin de faciliter la mise en relation des entreprises qui cherchent à recruter et celles qui font face à des mutations. Des moyens qui leur permettront de bénéficier d’un « budget d’ingénierie » et de l’appui de « délégués à l’accompagnement des reconversions professionnelles » dans chaque département, a précisé la ministre du Travail.

Amplifier l’effort de formation des demandeurs d’emploi pour répondre aux besoins des entreprises

Le plan d’investissement dans les compétences (PIC) centré depuis 2018 sur les demandeurs d’emploi peu ou pas qualifiés va s’étoffer afin de former 1,4 million de demandeurs d’emploi supplémentaires en 2022. Pour y parvenir, l’État s’engage à :

  • allouer 560 M€ supplémentaires en portant une attention particulière aux chômeurs de longue durée inscrits à Pôle emploi depuis plus d’un an ;
  • signer de nouvelles conventions dans le cadre du PIC afin d’y associer les Régions, ainsi que Pôle emploi chargé de mettre en œuvre un accompagnement renforcé et des actions de remobilisation.

En outre, les pactes régionaux d’investissement dans les compétences seront amplifiés pour répondre aux besoins de recrutement dans les métiers en tension (tensions structurelles ou nouvelles liées à la crise de la Covid-19) par des formations ciblées, notamment en situation de travail.

En ce sens, le nombre de formations associées à une promesse d’embauche, sous la forme d’une formation préalable au recrutement (AFPR) ou de la préparation opérationnelle à l’emploi (POE) va être amplifié. Le plan permettra à la fois d’augmenter le nombre de ces formations et d’en simplifier le recours pour les entreprises. Outre le recours à la dématérialisation des demandes, à l’amélioration de la prise en charge ou à l’assouplissement des durées, la formation devra avoir lieu en situation de travail (action de formation en situation de travail) à chaque fois que cela sera possible.

Déployer un plan spécifique et massif pour les demandeurs d’emploi de longue durée

Le plan de réduction des tensions de recrutement notamment dédié aux demandeurs d’emploi de longue durée repose sur de nouvelles actions à fort impact.

D’une part, seront mises en œuvre des actions de remobilisation dédiées aux demandeurs d’emploi de longue durée, notamment via la préparation opérationnelle à l’emploi (POE). Pour ce faire, Pôle emploi s’engage à recontacter tous les demandeurs d’emploi de longue durée d’ici fin 2021 et les orienter vers les nouvelles mesures du plan. Seront également proposées des actions de remise en « dynamique professionnelle » pour les demandeurs d’emploi de longue durée, et des « parcours de remobilisation » plus intensifs pour les demandeurs d’emploi de très longue durée (inactif depuis plus de deux ans). Enfin des sessions « nouveaux horizons » menées par l’Apec pour les cadres demandeurs d’emploi de longue durée seront doublées passant de 7 à 14 heures.

D’autre part, le plan privilégie la réinsertion des demandeurs d’emploi par des mises en situation professionnelles (PMSMP) permettant, pendant un mois au maximum, de découvrir un métier ou un secteur d’activité, de confirmer un projet professionnel ou encore d’initier un parcours d’embauche. En ce sens, sera également organisé un défi national pour identifier des initiatives locales à fort potentiel et mettre en place des partenariats avec les collectivités, les associations et les entreprises (immersion, mentorat, parcours découverte, etc.).

Enfin, le plan de réduction des tensions de recrutement prévoit une aide spécifique pour l’embauche, en contrat de professionnalisation, d’un demandeur d’emploi de longue durée. (décret en attente). Ainsi, jusqu’à la fin de l’année 2022, les employeurs qui recruteront en contrat de professionnalisation, un demandeur d’emploi de longue durée et âgé de 30 ans et plus, pourront bénéficier la première année d’une aide à l’embauche de 8 000 euros. Cette aide ne concernera que les contrats de professionnalisation visant une certification inscrite au répertoire national des certifications professionnelles (RNCP), un certificat de qualification professionnelle (CQP) ou un certificat de qualification professionnelle interbranches (CQPI). Sont ainsi exclus les contrats visant une qualification reconnue dans les classifications d’une convention collective nationale de branche. A noter que la signature du contrat pourra parfois être précédée d’actions préalables de remobilisation ou préqualification, en fonction des besoins de la personne et des postes à tenir.

[1] Le FNEFormation est un dispositif dédié à la formation des salariés placés en activité partielle ou en activité partielle de longue durée. Il consiste en une prise en charge par l’Etat d’une partie des coûts pédagogiques du projet de formation.